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5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 02:00

E

lle nous empêche de connaître paix et, comme dit son étymologie latine, repos (quies).

 

J’y ai pensé en apprenant, sur le site de France 24, en date du 03/03/2009, l’exis­tence d’une campagne de publicité sur les bus de Londres et de Toronto, au Canada anglophone. Apposées à l’initiative d’une « Association humaniste », en fait athée, les affiches disaient, en gros caractères : « There’s probably no God. Now stop worrying and enjoy your life ». C’est-à-dire : « Il n’y a probablement pas de Dieu. Cessez maintenant de vous inquiéter et profitez de la vie. »

 

En dépit de la prudence du « probablement », la définition de la croyance en Dieu implicitement contenue dans cette campagne est intéressante : cette croyance est basée sur la peur, et s’en délivrer est salutaire, pour tirer au moins plaisir de ce bref passage sur cette terre qui nous est échu.

 

Cette sagesse hédoniste est à mon avis irréfutable, et on en pourrait trouver quelques échos dans le seul livre de la Bible qui peut y répondre, l’Ecclésiaste. Malheureusement le reste du Livre sacré y contrevient, en contenant beaucoup de passages menaçants, et en justifiant ainsi la formule latine : Primus in orbe timor fecit deos – C’est d’abord la peur qui sur la terre a fait les dieux.

 

« Dieu, a dit Baudelaire, est le seul être qui pour régner n’a pas besoin d’exister. » Comprenez qu’il tire son existence simplement de la peur que nous avons de lui – et aussi, me dira-t-on, de l’espoir que nous plaçons en lui. Mais si l’espoir fait vivre, bien souvent il nous empêche de vivre, car nous différons toujours nos plaisirs, et nous nous décentrons, nous détournons du moment présent : d’où cette constante inquiétude dénoncée par notre campagne.

 

Je sais bien que beaucoup de croyants nous diront que ce Dieu-Gendarme est périmé, qu’en réalité il est Amour, comme le dit la première lettre de Jean, en 4/8, en oubliant le barbare verset 10 qui suit. [v.  Contexte]

 

C’est un fait en tout cas que tout au long de la Bible court une strate rédactionnelle de nature menaçante et finalement eschatologique, alimentant depuis toujours une pédagogie de la peur : le Jugement dernier y figure explicitement, et constitue encore un article de foi du Credo.

 

On peut certes négliger ce Grand Texte. Mais si on le garde, que n’a-t-on donc supprimé en lui maints passages, qu’on ne peut tordre à volonté, et qui suscitent bien très souvent, au cœur de celui qui lui donne crédit, l’inquiétude ![1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 août 2012

 

[1] En écho à cet article, on peut lire mon ouvrage : Peur de son ombre – La Lumière est en nous (lien).

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

 

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31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 02:00

Un ancien article paru dans Golias Hebdo :

 

L

e plus important parti d’opposition en France s’agite beaucoup sur la question d’orga­niser en son sein des primaires afin de désigner son candidat pour les prochaines consultations électorales. Bref, le message nous dit-on doit s’incarner en une personne.

 

On ne réfléchit pas que le premier pourra bientôt disparaître sous la seconde, et celle-ci nous dispenser de celui-là. On veut certes s’opposer au pouvoir en place, qui n’est que personnalisation : mais on se modèle totalement sur son exemple. On sait assez que la personnalisation amène à la peopolisation : la starification de la politique génère la course à la popularité, et la soumission à ce qu’il y a de plus éphémère, la cote d’amour. Quand on s’obnubile sur la personne, aucune place n’est plus donnée aux programmes, aux visions à long terme. Le baromètre des sondages n’est qu’à très courte vue.

 

Ce que je viens de dire de l’incarnation soi-disant nécessaire en politique vaut aussi dans le domaine religieux. On vante toujours la novation chrétienne d’avoir fait de l’incarnation du divin en la personne de Jésus un dogme essentiel, qui le sépare du judaïsme et de l’islam. Mais a-t-on raison de le faire ?

 

Il n’est pas exagéré de dire que Jésus est devenu un Dieu malgré lui. Toujours il insiste dans les textes sur la distance entre sa propre personne et cet horizon, ce projet, cet idéal programmatique commun à bien des hommes, qu’ils appellent Dieu.

 

À qui l’appelle « Bon maître », il répond : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul. » (Marc 10/18 et Luc 18/19) En bon prophète, il s’est situé au-dessous du message qu’il portait, et qui était pour lui l’essentiel. La dévotion à sa propre personne l’insupportait : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur !’ et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46)

 

Pour autant que nous puissions le savoir, c’était simplement un orthopraxe, un rabbin libéral à la façon de Hillel, et sans doute marginal, un exégète de la voix du Père, comme le dit, dans l’évangile selon Jean, le dernier mot du Prologue –  et, pour nous, un compagnon de route, un instituteur de la Parole, et non pas un candidat à une quelconque investiture divine, liée à un charisme sans pareil. Malheureusement cette position n’a pas tenu dans le temps, et la jésulâtrie l’a bien emporté.

 

Les candidats à l’investiture politique feraient bien d’en prendre exemple. Ce qui doit compter avant tout est le contenu du programme, ou du message, bref  le fond de l’apport, et non leur « incarnation », qui risque toujours de les faire oublier.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 septembre 2009

 

D.R.

 

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29 décembre 2022 4 29 /12 /décembre /2022 02:00

C

elle de certains journalistes est immense. Ainsi s’étonnent-ils souvent du fait que le pape ne veuille pas ordonner prêtres des femmes, ou bien ouvrir le mariage aux couples homosexuels. C’est oublier, au nom d’un sentimentalisme irréfléchi, le vrai fondement de ce Non possumus ecclésial.

 

Il est théologique. Le prêtre dans l’église catholique est un sacrificateur, on le voit très bien dans l’Offertoire de la messe. Il s’y agit d’offrir en sacrifice une victime (latin hostia, d’où : « hos­tie ») sur un autel (latin altare) qui est bel et bien le lieu de l’immolation. Cette victime propitiatoire est offerte à Dieu pour la rédemption des péchés de la communauté.

 

Or ce rôle de sacrificateur ne convient pas à une femme. Dans les campagnes, traditionnellement c’est l’homme qui sacrifie la bête, et la femme se contente de recueillir le sang. En Corse, lorsqu’une femme veut pratiquer la vendetta, elle se déguise en homme. Cette interdiction d’accès à la prêtrise pour les femmes est donc de principe. Elle n’a rien à voir avec une discrimination antiféministe.

 

Elle ne vaut évidemment pas pour d’autres confessions religieuses. En judaïsme il peut y avoir des femmes rabbins, car ce mot signifie seule­ment : « enseignant ». Et de même dans le christianisme protestant il peut tout à fait y avoir des femmes pasteurs, car le sacrement de l’eucha­ristie au sens catholique du mot n’y existe pas, et le pasteur n’est là encore qu’un enseignant et un guide spirituel de la communauté.

 

Pareillement pour le mariage des homosexuels. Notre dernier pape a bien marqué sa sympathie et sa compréhension envers eux, mais pas question de leur ouvrir le mariage, qui en droit canonique est fait pour donner existence à une famille qui devra procréer et élever les enfants. En forçant le trait, on pourrait dire que l’amour n’a rien à voir là-dedans.

 

Ne confondons pas les perspectives, un fondement canonique et juridique, dont notre Code civil d’ailleurs n’était jusqu’ici pas loin, et des considérations affectives qui, pour être à la mode maintenant, n’ont rien à voir avec lui.

 

Cela étant, on peut vouloir tout changer. Mais encore faut-il savoir exactement ce contre quoi on lutte, il faudra revoir beaucoup de textes fondateurs de beaucoup de pratiques très anciennes, et l’ignorance ici n’est pas une bonne conseillère.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 août 2013

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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