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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 02:00

Un ancien article que j'ai publié dans Golias Hebdo :

 

I

l paraît que le pape actuel aurait accepté la béatification de Jean-Paul II, pour avoir provoqué la guérison d’une religieuse de sa maladie de Parkinson. On irait vers la canonisation du défunt pape, si d’autres miracles étaient avérés. Réfléchissons donc à la notion de miracle, et à la façon de l’envisager.

 

Le Nouveau Testament a trois mots pour désigner les miracles : dunameis (puissances), terata (prodiges) et sèmeia (signes). Les deux premiers peuvent effectivement donner d’eux une vision littérale, celle d’une transgression des lois naturelles. Seul le troisième, le plus intéressant à mes yeux, peut en donner une vision symbolique. Un signe désigne autre chose que lui-même, ce dont précisément il est signe, ce qu’il signifie : il invite donc à la prise de conscience, à la réflexion.

 

Jésus a refusé les miracles au sens des deux premiers mots, dans l’épisode de la Tentation au désert, relaté en détail en Matthieu et en Luc. Ce refus de la thaumaturgie (transformer les pierres en pains, obtenir le pouvoir sur les corps par la contrainte physique, et sur les âmes par la magie du vol), laisse aux hommes la liberté. Malheureusement les hommes peuvent lui préférer l’assu­jettissement, comme il se voit dans la Légende du Grand Inquisiteur, dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski.

 

 

Le vrai miracle, à hauteur d’homme, est le signe. Ainsi en est-il de la guérison de l’aveugle de Bethsaïda en Marc 8/23-25. Jésus s’y prend à deux fois pour opérer la guérison. Absurde de penser qu’il n’ait pas eu pour ce faire assez de force la première fois. L’épisode veut signifier que l’abandon de la cécité aux autres, fruit d’un repliement sur soi, doit se faire progressivement. D’abord on les voit flous, puis distinctement : enfin on s’ouvre à eux.[1]

 

Un miracle à rebours pour ainsi dire est l’épisode du figuier maudit pour ne pas porter de figues, alors que ce n’en était pas la saison (Marc 11/13-14). Littéralement, cela est absurde, et on pourrait penser que ce passage a été fâcheusement interpolé. Mais il signifie qu’il ne faut pas s’abriter derrière des règlements, administratifs ou autres, pour s’éviter de venir en aide aux autres : ce n’est pas le moment (la « saison »), revenez plus tard, etc.

 

Tout cela, l’interprétation par voie de symbole, est passionnant, si on accepte de réfléchir. Mais il est plus facile bien sûr de s’en dispenser, et sans doute l’esprit préfère-t-il être ébloui qu’éclairé.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 27 janvier 2011

 

[1] On peut lire l’actuali­sation de ce passage que j’ai faite dans mon livre Fictions bibliques I - Libres lectures bibliques, éd. Bod, 2023. Cliquer sur : Le Misanthrope confondu.

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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18 février 2023 6 18 /02 /février /2023 02:00

Un ancien article paru dans Golias Hebdo :

 

L

es catholiques viennent de fêter l’Assomp­tion de la Vierge Marie, son élévation au ciel entourée d’anges, que notre peinture figure souvent.

 

En fait ce sort d’abord était réservé à son Fils, qui, tel le Ganymède de la mythologie grecque, fut emporté au ciel (Actes des Apôtres 1/2, etc.). Ce n’est qu’après qu’on a dit qu’il était monté au ciel tout seul, motu proprio, de son propre mouvement : ainsi son Assomption initiale est devenue son Ascension, qui est un article de foi du Credo.

 

Le dogme de l’Assomption de Marie a été décrété par voie papale en 1950, sous l’effet de la pression populaire. Un proverbe ne dit-il pas : Vox populi, vox Dei (la voix du peuple est la voix de Dieu) ?

 

Pour les orthodoxes, Marie n’a qu’une Dormition : en fait, ils ne seraient pas hostiles à son Assomp­tion, si celle-ci n’était corrélée et conséquente à un dogme qu’ils n’acceptent pas, celui de son Immaculée Conception, promulgué toujours papalement en 1854, selon lequel elle a été dès sa naissance exemptée du péché originel – notion qu’ils ne voient pas d’ailleurs avec le même pessimisme que nous. Nous sommes là-dessus bons héritiers de saint Augustin, alors que l’augustinisme leur est étranger.

 

Effectivement, avec son Assomption, Marie est déjà en voie de divinisation, et en passe de concurrencer son Fils même. Et dans ce cas, quelle serait par exemple sa part de liberté humaine face à l’annonce que lui fait l’Ange au début de l’évangile selon Luc ?

 

Quant aux protestants, ils refusent tout ensemble Immaculée Conception et Assomption, dénonçant là une mariolâtrie inadmissible et non conforme aux textes, à la fameuse Seule Écriture (Sola Scriptura), unique autorité dont ils se réclament.

 

... Pourtant dans ce débat sur l’importance de Marie, je ne leur donnerais pas volontiers raison, et pour un motif strictement pragmatique. Elle incarne un besoin de protection bien humain, une instance où se blottir. Peu importe que la Trinité avec elle devienne une Quaternité ! Qui n’a rêvé d’une Mère nourricière, d’une Alma Mater ?

 

Et ce rôle n’est-il pas dans le texte reçu celui même de Jésus, en qui parle une voix spécifiquement féminine : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (Matthieu 23/37 ; Luc 13/34) ?

 

Jésus mère-poule ! Pourquoi vouloir être ici plus royaliste que le roi ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 août 2011

 

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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10 février 2023 5 10 /02 /février /2023 02:01

Normalement, par sa grande ductilité, la clarté et la précision de ses termes, il éclaire la complexité des situations qui se présentent dans la vie. Mais encore faut-il y avoir recours, et faire l’effort nécessaire pour bien les explorer et les différencier. Ce n’est malheureusement pas le cas avec les émoticônes, qui se répandent de plus en plus à partir d’Internet. Par souci de rapidité et surtout par paresse, elles remplacent en le simplifiant tout ce que le langage lui-même pourrait caractériser en le spécifiant.

 

Aime-t-on quelque chose ? On le dit au moyen d’un pouce levé. On ne dira pas bien sûr pourquoi on aime, et de quelle façon particulière : elles sont en effet très nombreuses, et bien différentes. Mais on passe outre cette complexité, et à force de le faire on finit par ne plus la voir ou la soupçonner. Reste une bouillie approximative, qui même finit par ne plus rien signifier du tout. Que veut dire par exemple le smiley Wouah !, disponible sur Facebook ? L’étonnement, peut-être. Mais de quelle nature précisément ? On ne le sait pas. On est proche du simple aboiement, à quoi est réduit l’internaute qui l’emploie : libre à lui alors de vouloir régresser à l’animalité...

 

Prenons garde en outre que les signes et simples langages du corps ne sont pas universels. Le pouce levé est chez nous signe d’approbation, mais c’est la plus vulgaire des insultes gestuelles dans certains pays du Moyen-Orient, comme l’Iran et l’Irak, analogue au doigt d’honneur dans beaucoup d’autres parties du monde. Il peut alors y avoir des contresens tragiques.

 

En vérité, ce pouce levé, comme les autres émoticônes, ne renvoient pas à une quelconque réflexion préalablement approfondie, mais sont là simplement pour alimenter un contact. Leur fonction est analogue à ce qu’on appelle la fonction phatique du langage. Ainsi quand on rencontre quelqu’un on peut parler du temps qu’il fait, mais ce n’est pas le temps qui est en question : on veut simplement de la chaleur humaine.

 

Le message est le médium lui-même, disait Mac Luhan pour caractériser notre civilisation de médias. Le contenu s’y réduit au contenant. Pareillement la signification ici est purement formelle, un peu comme pour ces mèmes répandus sur le Net de façon virale et alimentant le buzz. Ce qui compte n’est pas ce qui est dit et repris à qui mieux mieux, mais sa capacité à se répandre rapidement pour créer une impression de connivence générale, mais qui reste très superficielle. Le comportement d’ensemble est totalement grégaire, à l’image de ce mouton qui est, selon Rabelais, le plus inepte animal du monde.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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