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19 janvier 2023 4 19 /01 /janvier /2023 02:00

C’

est un dogme hindouiste selon lequel le destin d’un homme est déterminé par ses actions passées et ses vies antérieures.

 

C’est à quoi j’ai pensé en découvrant dans ma boîte aux lettres une publicité pour des séances de psycho-généalogie.

 

Celle-ci en effet ne fait que réactualiser celui-là. Elle veut nous délivrer du fardeau que font peser sur nos vies les conflits non résolus dans celle de nos ascendants. Le prospectus parle, en réactivant la vieille astrologie, de « constellations familiales », à évoquer en des sortes de psychodrames, pour lesquels bien sûr il faut payer.

 

On peut constater que les livres de psycho-généalogie sont en très grand nombre : il y a là un marché juteux, comme tout ce qui entoure le fameux « développement personnel ». Après tout, la crédulité étant si répandue, pourquoi se priver d’en tirer profit ?

 

Il est vrai de dire que tous nos actes ont dans nos vies des conséquences souvent imprévues. Le problème n’est pas dans l’idée qu’un acte porte ses fruits, mais dans la transmission du poids de l’acte d’une vie à l’autre, selon le scénario de la réincarnation tel qu’on le formule en Orient, ou des ascendants aux descendants, comme dans ce que dit la psycho-généalogie.

 

On substitue à une responsabilité personnelle, dont le poids est déjà fort lourd à porter, une responsabilité diluée, globale ou collective, dont notre droit par exemple a déjà fait justice, avec raison.

 

L’idée du karma peut faire accepter le malheur présent, en pensant qu’on y paie ou expie la faute des générations passées. En Inde le paria ou l’intouchable (dalit) peut expliquer son sort misérable par le poids de mauvaises réincarnations, justifiant ainsi le système des castes. C’est une autre version pernicieuse de la rétribution théologique.

 

Notez pourtant que la Bible évolue ici. À un « Dieu jaloux qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (Exode 20/5), succède la vision du prophète : « En ces jours-là, on ne dira plus : ‘Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées.’ Mais chacun mourra pour sa propre iniquité. » (Jérémie 31/29-30)

 

Pauvre psycho-généalogie ! Que n’a-t-elle lu ce dernier passage !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 juin 2009

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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17 janvier 2023 2 17 /01 /janvier /2023 02:00

C

omme beaucoup, je pense, j’ai été dernièrement me recueillir sur la tombe de mes proches, à l’occasion de la Fête des Morts.

 

Ainsi, me promenant dans les allées du cimetière, j’ai vu un très grand nombre d’inscriptions sur plaques de marbre portant un : « Priez pour lui », souvent abrévié en acronyme PPL.

 

Y réfléchissant, je trouve la formule bien singulière. Si je dois prier pour un mort, cela implique que je dois, par ma prière, lui venir en aide, intercéder pour lui, devenir son avocat. Et à quelle occasion ? Évidemment lors du jugement qu’il va affronter. Me voici donc ramené au dogme du Jugement dernier, auquel ces inscriptions me somment de croire, en impliquant forcément son existence.

 

Je sais bien que c’est un article de foi du Credo. Lors de sa nouvelle venue ou parousie, le Christ viendra juger vivants et morts. Des siècles de peur ont ainsi accompagné le croyant. Il suffit de voir le Dies irae :

 

« Que dirai-je, malheureux que je suis / De qui invoquerai-je l’aide / Quand le juste même sera à peine en sécurité ? »

 

Je sais bien aussi que toute une strate rédactionnelle eschatologique et effrayante de ce type caractérise les évangiles mêmes. Mais tout de même, ne peut-on concevoir un scénario de vie dont tout jugement soit absent, ou l’on se justifierait par exemple par la seule écoute attentive d’une parole ?

 

On le trouve dans l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient  point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (5/24)

 

La Gnose n’a pas dit autre chose : le « salut » et la résurrection, au sens spirituel, ou de résilience dans cette vie-ci, peuvent être déjà connus hic et nunc, ici et maintenant, si l’on écoute et comprend bien la Parole.

 

Le dogme du Jugement dernier manque de mansuétude. Beaucoup de pécheurs sont déjà punis dès ici-bas par leurs péchés, qui ne sont que des erreurs de conduite, dont ils subissent les conséquences souvent très dommageables : faut-il qu’ils le soient encore plus tard pour leurs péchés ? Ce serait une double peine, qui révolte la raison.

 

C’est pourquoi nous ne devons pas, il me semble, prier pour les morts, dont certains d’ailleurs, comme les victimes d’accidents, de meurtres, d’attentats, etc., sont bien innocents de toute faute. Il nous suffira de penser à eux.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 novembre 2013

 

D.R.

 

*

Sur les strates rédactionnelles bibliques, on peut voir mon livre
Fictions III - Polyphonies bibliques :

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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 02:00

O

n nous dit que le Vatican veut se rapprocher des milieux intégristes. Que faut-il en penser ?

 

Bien sûr, je ne crois pas à l’opportunité de ce rapprochement, et n’ai aucune sympathie pour ces milieux. Cependant, je constate que le texte des évangiles comporte bien, lui, des passages prêtés à Jésus autorisant l’intégrisme, au sens d’exclu­sivisme, de totalitarisme de la pensée.

 

Par exemple : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. » (Matthieu 12/30 ; Luc 11/23) Ou encore : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jean 14/6) À cette phrase péremptoire et comminatoire on peut préférer celle du préfet romain Symmaque, beaucoup plus subtile et intelligente : « On ne peut parvenir à un si grand mystère par une seule voie » (Uno itinere non potest perveniri ad tam grande secretum).

 

Les intégristes pourraient aussi se réclamer de ce passage : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jean 15/5-6) La fin fait frémir. On peut voir dans ce « et ils brûlent » toute l’extirpation à venir, par le feu, des hérésies de toute sorte, leur écobuage.

 

Je ne sais si Jésus a prononcé réellement de telles paroles. Ce qui est sûr en tout cas c’est qu’il y a là toute une strate rédactionnelle faite de menaces et d’imprécations, signe d’une pensée exclusiviste.

 

Parfois cela va jusqu’au fanatisme, qui est la défense du Temple (latin : fanum). Ainsi lit-on, à propos de Jésus qui en chasse les marchands : « Le zèle de ta maison me dévore » (Jean 2/17 – repris du Psaume 69, v.9). C’est un souci jaloux (du latin populaire zelosus, calquant le grec zèlos, signifiant : animé d’un zèle), pour un Dieu lui-même jaloux, exclusif. Certains ont vu alors dans Jésus un zélote, un partisan de la résistance armée face au joug romain.

 

... Bien sûr, à côté de ces passages violents et dangereux, il y en a bien d’autres où Jésus parle d’une voix très douce et compatissante. On peut évidemment les préférer, et peut-être regretter que les précédents n’aient pas été supprimés du Canon, comme l’avait fait par exemple Thomas Jefferson dans son édition sélective de la Bible (1820), où seuls les passages humainement et rationnellement admissibles avaient été retenus [lien].

 

Article paru dans Golias Hebdo, 22 septembre 2011

 

D.R.

 

*

Sur le polymorphisme de la Bible, dont celui du personnage de Jésus, on peut voir mon petit roman par lettres Fictions III - Polyphonies bibliques, qui peut servir à cet égard d'initiation :

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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