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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 02:00

O

n en parle beaucoup aujourd’hui, pour le prendre en compte, ou le réhabiliter. Il y a même un ministère qui s’en occupe. Mais s’est-on demandé ce que le mot lui-même signifie ?

 

Il implique que la nature toute entière n’a pour fonction que de nous « environner », donc que nous en sommes le centre auquel elle doit apporter tribut. Cette idéologie vient sans doute du début de la Genèse, une des bases de notre culture : l’homme, fait à l’image de Dieu, doit dominer sur tout ce qui vit (1/26).

 

Mais la nature était là avant nous, et aussi elle sera là après nous – à supposer évidemment que nous ne l’ayons pas détruite avant. Qui nous a persuadé que toute cette biosphère, et même cet univers infini dans un infime recoin duquel nous sommes logés, aient été constitués pour notre commodité et pour notre service ?

 

Il est bien beau de « croître et multiplier, de remplir et de soumettre la terre » (Genèse 1/28). Mais peut-être bientôt il n’y aura plus rien à remplir, par excès de nombre, et à soumettre, par excès de pillage. Toutes les idées de développement, de croissance, qui sont nos maîtres mots d’aujourd’hui, viennent de ce début.

 

Certains défenseurs de ce qu’on appelle maintenant la biodiversité disent même que des expressions méprisantes comme « espèces nuisi­bles » s’agissant des animaux, ou « mauvaises herbes » s’agissant des végétaux, ne font en réalité que renvoyer à la vanité de l’homme, qui manque de regard d’ensemble et juge de tout en fonction de sa seule petite personne.

 

Contre cette paranoïa humaine, je défends toujours l’idée d’une metanoïa, d’un changement d’état d’esprit. Ici précisément je la trouve, non dans la Bible juive, immodérément triomphaliste à mon sens, mais dans l’Évangile chrétien, beaucoup plus modeste, et sur ce point à mon avis difficilement compatible avec le Premier Testament.

 

« Jésus a dit : ‘Ne vous souciez pas du matin au soir et du soir au matin de ce que vous revêtirez’. » Ce logion 36 de l’Évangile selon Thomas est développé dans la parabole connue des oiseaux du ciel, que Dieu nourrit, et des lys des champs, que Dieu habille (Matthieu 6/25-30 ; Luc 12/22-31)

 

Vis-à-vis de la nature, Jésus défend l’idée non d’un antagonisme, d’une instrumentalisation ou d’une exploitation, mais celle d’une soumission confiante, attentionnée et précautionneuse, tout orgueil humain mis de côté.

 

Prenons exemple sur le vrai paysan, qui n’est pas un exploitant agricole, ou un touriste en visite. Il se contente d’habiter non en propriétaire mais en locataire ou en usufruitier cette nature dont il vient, et qui n’est ni une esclave, ni un décor de théâtre, un simple environnement !

 

[v. Biodiversité]

Article paru dans Golias Hebdo, 2 avril 2009

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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29 novembre 2022 2 29 /11 /novembre /2022 02:00

J

e viens de voir l’excellent nouveau film de Martin Scorsese, Le Loup de Wall Street, qui présente l’ascension d’un trader sans scrupule, jouant en Bourse comme au casino, et n’ayant en toute occasion qu’un mot cynique : il faut s’enrichir individuellement coûte que coûte, même en piétinant tout sur son passage. Quiconque réussit dans cette course à l’argent est justifié par là même, et malheur à celui qui échoue ! Il faut être un winner, un gagnant, et non pas un looser, un perdant.

 

À la différence de ses films antérieurs, ou Scorsese montrait, selon le schéma chrétien traditionnel, qu’à une ascension succédait une chute qui pouvait être une occasion de rédemption, ici la chute du personnage ne l’empêche pas de parader, de donner des conférences sans rien démordre de son credo, et de bénéficier, même en prison, d’une grande aura. Télérama a bien raison de dire que ce film dépasse le cas d’un individu isolé, pour signifier la chute de toute une civilisation (18/12/2013, p.65)

.

Je viens de mentionner le christianisme, dont le réalisateur du film est tout imprégné. On sait qu’il contient un anathème radical contre les riches : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » (Matthieu 19/24 ; Marc 10/25 ; Luc 18/25). Comment donc les États-Unis d’Amérique, qui se disent majoritairement chrétiens, peuvent-il adopter le type d’attitude incarné dans ce film, attitude qui sous-tend tout leur capitalisme libéral et individualiste ?

 

La réponse est dans l’évolution paradoxale du protestantisme. Au départ, l’homme n’est rien sans la grâce que lui octroie Dieu. Mais loin de mener à l’angoisse de l’incertitude et finalement à la paralysie, comme dans le jansénisme par exemple, ce présupposé a conduit, comme Max Weber l’a montré dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, à un dynamisme.

 

Comment savoir en effet si l’on bénéficie de cette grâce ? Tout simplement en agissant, et l’issue qui sera réservée à l’action le montrera. Ainsi la réussite vaut justification, et l’échec condamnation. C’est l’ancienne vision théologique de la rétribution, où le sort réservé à chacun montre son mérite. Finalement c’est la Force brute qui est tout, et malheur aux vaincus ! (Vae victis !). On pense aux jugements de Dieu médiévaux, au duel judiciaire, où le vainqueur l’était avec l’aide de Dieu, Deo juvante – ou encore aux ordalies.

 

Cette vision a été abandonnée en Europe dès la fin du Moyen-âge, mais elle perdure encore dans le pays le plus puissant du monde, dont l’idéologie participe ainsi du plus grand archaïsme !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 16 janvier 2014

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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27 novembre 2022 7 27 /11 /novembre /2022 02:00

C’

est le contraire absolu de l’éducation. Celle-ci cherche à faire réfléchir l’en­fant, en cultivant son esprit critique, tandis que celui-là cherche à le mouler comme une pâte malléable.

 

C’est à quoi j’ai pensé en visionnant l’émis­sion Jesus camp, consacrée au modelage des enfants par une pasteure évangélique américaine, et diffusée en début de soirée sur Arte, le 20 septembre dernier. Cette émission m’a terrifié.

 

Étant donné qu’un tiers de la population mondiale est fait d’enfants de moins de 15 ans, cette dame a déclaré qu’il fallait bien modeler selon les vertus du revivalisme évangélique les enfants dont elle avait la garde, ne serait-ce que parce qu’en d’autres endroits du monde d’autres religions faisaient de même.

 

Il s’agit donc de former une armée de soldats du Christ, pour contrer bien sûr celle des soldats de l’islam dans sa version extrémiste. Évidemment on la surprendrait bien, dans son ardeur belliqueuse, en citant les Béatitudes : « Heureux les pacifiques ! » (Matthieu 5/9)

 

Tout le film nous montre des psychodrames obscènes, avec convulsions et larmes, tout cela au nom de l’Esprit. Évidemment cette gestuelle de « dévisseurs d’ampoules » propre aux pentecôtistes et charismatiques de toute espèce a beaucoup de succès, puisqu’elle joue, à grand renfort de musiques et de chants, uniquement sur l’émotion et l’empathie, sans qu’il s’y mêle une once de raison. On voit même des confessions publiques dont on se dit qu’elles sont arrachées ou extorquées à la malheureuse victime, et qui m’ont fait penser aux procès staliniens, de fâcheuse mémoire.

 

Cet endoctrinement des enfants assumé comme tel est une manipulation pavlovienne des cerveaux, un viol psychologique et moral. Finalement, on ne sert ni l’Esprit ni l’Enfant. On les dévoie.

 

Aussi renverrai-je cette pasteure à cet Évangile dont elle se réclame pourtant, mais qui la condamne irrémissiblement parce qu’elle se situe exactement au rebours de ce qu’il affirme.

 

Ainsi, pour l’Esprit dévoyé : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné. » (Matthieu 12/31)

 

Et pour l’Enfant intellectuellement violé : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (Matthieu 18/6)

 

Finalement, le recours à l’Esprit, et l’abri qu’on y trouve, peuvent par manipulation justifier les pires crimes.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 29 septembre 2011

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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