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25 novembre 2022 5 25 /11 /novembre /2022 02:00

C’

est simplement si on s’en réfère à l’étymologie grecque du mot (ekklèsia) une assemblée, celle des croyants.

 

Rien dans le mot ne suggère une Administration, ou un Gouvernement quelconque d’un groupe d’hommes par certains d’entre eux. Jésus par exemple n’a pas fondé l’Église au sens où nous l’entendons aujourd’hui. On connaît la phrase de Loisy : « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est venue. »

 

Pour s’autoriser de la filiation apostolique, l’Égli­se de Rome se réclame du verset matthéen : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église… » (16/18) D’abord ce calembour, comme le ferait remarquer un voltairien, ne fonctionne pas en beaucoup de langues (You are Peter, and on that stone... !). Ensuite on peut soupçonner que ce verset a précisément été inséré dans le texte évangélique pour fonder la filiation apostolique : l’Église alors ne pourrait pas s’en prévaloir.

 

Dès qu’elle a eu le pouvoir, à partir de Constantin, elle n’a cessé de s’opposer à ceux qui ne vou­laient pas se comporter en moutons, en ouailles (du latin ovicula : petite brebis), dociles à la voix du Berger. De là la phrase bien connue de Cyprien de Carthage : Extra Ecclesiam nulla salus – Hors de l’Église point de salut. Elle peut donc rejeter ceux qui ne lui conviennent pas hors de la communion eucharistique : c’est l’excom­munication. Les hérétiques de tout temps en ont bien fait les frais.

 

Se réclamant de Dieu, l’Église est une théocratie : ceux qui y voudraient voir une démocratie se trompent sur sa nature même, puisque le Chef suprême en est le représentant de Dieu sur terre.

 

 

Par ailleurs, on sait qu’ordinairement le souffle prophétique se perd dans l’administration. La mys­­­tique, pour reprendre le mot de Péguy, se dégrade en politique, et puis, les hommes étant ce qu’ils sont, cette dernière se dégrade à son tour en intrigue. Une fois devenus, selon le mot de Drewermann, Fonctionnaires de Dieu, ceux qui devraient être à son service ainsi qu’à celui de la com­munauté ne cherchent bien souvent qu’à conquérir et à garder le pouvoir, tentation que pourtant Jésus, autorité mandante dont ils se disent les mandataires, a refusée face au Diable lors de sa tentation au désert, racontée dans les évangiles synoptiques.

 

Toutes ces considérations concernent dans mon esprit l’Église de Rome. Elles sont d’actua­lité face à l’élection d’un nouveau pape. Les choses changeront-elle à cette occasion ? L’ave­nir le dira…

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 mars 2013

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 02:00

J

e viens de voir le film Des Hommes et des Dieux. On sait qu’il rencontre beaucoup de succès.

 

Autour de moi j’ai bien senti que beaucoup de spectateurs étaient fort émus. Mais pour moi, qui ne crois pas pourtant être un modèle d’insen­sibilité, je ne l’ai été en aucune façon. C’est que tout ce que j’en­tendais me semblait si inadmissible intellectuellement que toute possibilité d’émotion s’en trouvait radicalement coupée.

 

Je ne parle ici que du film et de l’idéologie qu’il véhicule, en aucune façon des personnages réels qui l’ont inspiré, dont la personnalité et les motivations ont été peut-être différentes, et en tout cas me sont totalement inconnues. Selon moi, le film représente une si archaïque et contestable vision du christianisme qu’on aurait pu la croire aujourd’hui abandonnée : le dolorisme sacrificiel.

 

À un moment, le chef de la communauté cite la phrase de la première épître aux Corinthiens : « L’amour supporte tout » (13/7). On sait que cette hymne très célèbre sur l’amour est souvent choisie lors des mariages, pour magnifier l’évé­ne­ment et souder les futurs époux. Mais souvent je me suis dit que si plus tard, selon les aléas imprévisibles de la vie, l’épouse était battue par son mari, devrait-elle le supporter ? Et ce n’est pas là un cas d’école : une femme tous les deux jours en France succombe sous les coups de son mari ou de son compagnon.

 

La réponse pour moi est non : l’amour ne supporte pas tout. Cette phrase paulinienne est impraticable, ou au moins très dangereuse, parce que pouvant mener au masochisme et à l’abdi­cation de toute dignité personnelle.

 

Il est question aussi dans le film du berger qui ne doit pas abandonner ses brebis. En filigrane se lit la phrase elle aussi très connue : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15/13)

 

Mais s’agit-il vraiment dans le texte de donner sa vie ? Il porte seulement : exposer sa vie (grec thè, de tithèmi, poser). La Vulgate a de même ponere, poser. D’exposer sa vie à donner sa vie, il y a une différence.

 

Par exemple, si quelqu’un venait à tomber à l’eau et risquer de se noyer, une preuve d’intérêt ou d’amour pour lui serait de plonger pour le repêcher, au péril de sa vie. Mais pas forcément de se noyer soi-même. Les autres ont-ils toujours besoin de notre propre sacrifice ? Ils peuvent aussi avoir besoin de nous avoir en vie, à leurs côtés, pour continuer à les aider. N’oublions pas que saint Martin n’a donné que la moitié de son manteau au pauvre : il ne l’a pas donné tout entier.

 

La résistance, quelque visage qu’elle prenne en vertu des circonstances affrontées, est préférable au suicide. Il est dommage qu’un tel film, qui joue sur la pure émotion et non sur la réflexion, à mon avis le fasse oublier.

[v. Sacrifice]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 octobre 2010

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 02:00

E

n religion, les conséquences de son acceptation aveugle et littérale peuvent être catastrophiques.

 

Soit d’abord l’exemple du retour imminent du Christ pour les chrétiens. C’est un article de foi du Credo de Nicée : « Et de nouveau il va venir dans la gloire juger vivants et morts. » Il s’agit bien ici d’un futur proche. Le latin venturus est, qui calque le grec erkhomenon, signifie bien que ce retour, appelé parousie, va se faire très bientôt. Si la date en était éloignée, le latin aurait mis un futur simple : veniet.

 

Cette imminence eschatologique caractérisait sûrement le milieu dans lequel vivaient les premiers chrétiens. Mais ensuite cette attente, même démentie par les faits, n’a cessé de perdurer jusqu’à aujourd’hui dans tous les mouvements de l’impatience : millénarismes divers, adventismes (du latin adventus, venue), etc.

 

L’effet pervers en peut être le suivant : si de toute façon le retour du Maître doit se faire très bientôt, il n’y a aucune raison de changer quoi que ce soit à notre manière matérielle de vivre, et par exemple de ménager les ressources de la planète. On peut donc polluer à son gré, refuser les avertissements de l’écologie. C’est une position très répandue chez les évangéliques états-uniens. On sait que sous l’ère Bush père et fils, le mode de vie états-unien n’« était pas négociable. » Voilà où peut mener, par un détour certes inattendu, la vision d’un très proche retour du Christ.

 

Second exemple, la croyance à la « résurrection de la chair », telle que la formule le Symbole des Apôtres. Si elle est comprise littéralement, comme l’idée qu’il y aura pour chacun une autre vie après celle-ci, une seconde chance qui lui sera donnée, alors cette vie-ci, n’étant pas la seule que nous pouvons connaître, en acquiert beaucoup moins d’importance.

 

Résultat possible de la « vie éternelle » comprise comme une vie future : on peut facilement vouloir ôter la vie à son prochain, puisque si alors on perd la sienne on en aura soi-même une autre. Ainsi le fanatisme actif, le terrorisme, l’esprit kamikaze des fous de Dieu se justifient. Comme disait Voltaire : « Que répondre à celui qui s’imagine gagner le ciel en vous égorgeant ? » – Cette position-là, on le sait, n’est pas propre au christianisme.

 

La solution serait d’interpréter tous ces dogmes de façon symbolique, d’y voir non des certitudes factuelles mais des scénarios intérieurs.

 

Ainsi le Jugement (en grec krisis) pourrait être celui que l’homme porte sur lui-même à telle ou telle occasion critique de sa vie : est-il resté fidèle à lui-même, à ses anciens rêves, ne s’est-il pas renié, etc. ? Et la Résurrection pourrait être vue comme un redressement spirituel, une résilience à faire dès cette vie-ci.

 

Cette intériorisation serait sage, mais les fous sont en grand nombre.

 

[v. Crise]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 12 décembre 2012

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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