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20 mai 2025 2 20 /05 /mai /2025 01:00

Un ancien article (21 avril 2022)

 

Interrogée sur le plateau d’A2, le 31 mars dernier, pour savoir si, une fois la guerre russo-ukrainienne terminée, elle pourrait considérer à nouveau Vladimir Poutine comme un « allié », la présidente du Rassemblement national a répondu par l’affirmative, assortie d’un « bien entendu ».

 

Elle a ajouté qu’on pourrait avoir à nouveau besoin de l’aide du président russe, pour lutter contre le djihadisme. Elle devait penser que pouvait se renouveler ce qui s’est déjà produit en Syrie, où la brutalité russe a fait merveille en affichant cet objectif, en réalité un prétexte, cette opération ayant été déclenchée pour servir la Russie et pour des raisons géostratégiques : maintenir le dirigeant syrien au pouvoir.

 

Voilà donc la realpolitik. Il faut toujours ménager l’avenir, on ne sait pas ce dont on pourrait avoir besoin, la Russie est un grand pays, il ne faut pas se fâcher avec elle, aucune morale ne tient devant des rapports de force, etc. Le cynisme ici ne se cache pas, et on est bien édifié sur ce que ferait cette dame, si elle arrivait au pouvoir chez nous.

 

Elle voit la politique internationale de façon strictement utilitaire, comme un échange de bons procédés ou un renvoi d’ascenseur. Comme dit le proverbe tiré du Médecin malgré lui de Molière : « Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné ». C’est ainsi d’ailleurs que tous les coquins du monde s’entendent entre eux.

 

Quant aux victimes du conflit, elle ne leur manifeste pas une particulière empathie. Il est vrai qu’elle la réserve aux seuls Français, qu’elle infantilise en les maternant.

 

En somme, au regard de sa réaction sur Vladimir Poutine, sa position se range à ce que soutenait Machiavel : l’important dans tout ce qu’on fait est le résultat, peu importent les façons d’y arriver. Bref, la fin justifie les moyens. Tout le reste est angélisme.

 

Je sais bien qu’Hegel par exemple critique dans sa Phénoménologie de l’Esprit la « belle âme », ou la « conscience malheureuse ». Il s’agit de tous ceux qui maintiennent encore une exigence morale dans l’action publique.

 

Ce débat est de tout temps. Ainsi Sartre dans Les Mains sales a voulu défendre l’idée que tous les moyens sont bons dans l’Histoire quand ils sont efficaces, peu importe qu’on s’y salisse les mains. Mais à côté de lui il y avait Camus, qui soutenait au contraire, dans Les Justes par exemple, que tous les moyens ne sont pas bons.

 

Je suis tout à fait de l’avis de ce dernier. Et je pense que si fondée que soit une conduite, l’usage de certains moyens suffit à la disqualifier. A fortiori quand il s’agit comme aujourd’hui d’une agression délibérée et d’une œuvre de mort. Les crimes commis par l’armée russe sont imprescriptibles, et suffisent à jeter définitivement l’opprobre sur celui qui les a ordonnés ou couverts. Tant qu’il restera au pouvoir, il doit être infréquentable. La morale ici n’est pas accessoire, elle est essentielle. Sauf à y perdre la dignité qui nous reste.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 avril 2022

 

 

D.R.

 

***

 

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18 mai 2025 7 18 /05 /mai /2025 01:01

Un ancien article (07 octobre 2021)

 

J’ai entendu avec intérêt ce qu’a dit l’« avocat des libertés » Richard Malka, dimanche 19 septembre dernier, à la fin du Journal de 20 H d’A2. Défenseur notamment de Charlie Hebdo et de Mila (la jeune fille qui a récemment critiqué l’islam), il vient de publier un livre au titre significatif Le droit d’emmerder Dieu (Grasset). S’exprimant ainsi, et vu l’état actuel des esprits, on comprend qu’il vive aujourd’hui protégé par la police.

 

Il a repris, sans le citer, la phrase d’Alain : « Toutes les personnes sont respectables, mais aucune croyance n’est respectable. » C’est un fait que notre droit punit les offenses faites aux personnes elles-mêmes, mais pas la critique des opinions ou croyances, qui doit être admise au nom de la liberté d’expression. Bien rares sont les pays où cette tolérance existe, et de ce point de vue la France peut être vue comme un phare pour le monde entier.

 

Mais nous sommes ici sur une périlleuse ligne de crête. En effet beaucoup identifient complètement leur personne avec leur croyance, et attaquer la seconde revient à attaquer la première. Comment faire pour qu’ils prennent une certaine distance par rapport à ce qu’ils croient ?

 

Il me semble d’abord qu’il faudrait séparer la foi de la croyance. La première est un mouvement de l’âme, un élan vers la confiance, et la seconde un corpus de dogmes, relevant de la pensée et de l’opinion. Le Credo même y invite chez nous. Credo in deum signifie : « Je mets ma confiance en Dieu » (ce que marque l’accusatif latin, cas du déplacement). Et non pas « Je crois que dieu existe » (ce qui serait en latin classique Credo deum esse). À ce moment-là on peut critiquer toutes les opinions (« croire que ») sans que le mouvement lui-même (« croire en ») soit touché.

 

Mais si cette distinction n’était pas faite, alors il faudrait donner au contenu de la foi une toute autre valeur que factuelle. Il faudrait y voir du pur symbolique, selon l’attitude de ces théologiens musulmans profonds qui voient dans le djihad un combat à l’intérieur de soi, et non pas contre les mécréants. La critique rationnelle ne peut s’adresser qu’à ceux qui voient des réalités dans leurs croyances, et non pas à ceux qui les comprennent par voie d’intériorisation. C’est d’ailleurs le seul moyen possible pour que ces vieux textes puissent vivre encore et nous concerner. J’ai entrepris cette vivification dans mes Fictions bibliques (éd. BoD).

 

Article paru dans Golias Hebdo, 07 octobre 2021

 

Croire ou connaître ? - D.R.

 

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16 mai 2025 5 16 /05 /mai /2025 01:01

Chère à Ivan Illich dans sa critique de la société industrielle, elle va se perdre complètement dans ce que le nouveau commerce nous prépare. J’ai regardé à cet égard une édifiante émission passée sur Arte dans la soirée du 12 octobre dernier : Hypermarchés, la chute de l’empire. On y voyait que les achats dans les magasins se feront à l’avenir de façon totalement solitaire, chacun poussant un caddie bardé de capteurs, qui enregistrera automatiquement ce que l’on prendra sur les rayons, donnera là-dessus tous les renseignements utiles (provenance, etc.), et en délivrera une facture ainsi qu’une attestation de paiement, point n’étant besoin de passer finalement à une caisse. Naturellement dans ce système informatisé à base d’intelligence artificielle les gens seront intégralement fichés. Dans la vente à emporter, ce seront des robots qui prépareront les commandes.

 

Dans le supermarché ordinaire, on pouvait s’adresser à un employé de rayon, ou une hôtesse quelconque, en somme échanger quelques mots. C’est d’ailleurs pour certaines personnes âgées et solitaires tout le contact qu’elles peuvent avoir encore aujourd’hui dans une journée. Mais les magasins de l’avenir seront quasiment vides de personnel. Outre que cela va augmenter évidemment le chômage de façon exponentielle, il y a là une vraie catastrophe anthropologique.

 

Dans un marché traditionnel africain, acheter une douzaine d’œufs peut donner naissance à une palabre d’une demi-heure. L’homme en effet n’a pas que des besoins, il a aussi des désirs, qui excèdent les premiers. Manger par exemple n’est pas que s’alimenter, c’est aussi parler à cette occasion avec le commensal. Parler aussi du temps qu’il fait avec un passant que l’on croise est bien plus que consulter un froid bulletin météo : c’est entrer en contact avec quelqu’un. C’est ce qu’on appelle la fonction phatique du langage. On a vu avec le dernier confinement sanitaire, où l’on en a été privé, quelle importance pouvait avoir le contact humain.

 

Mais dans ce qu’on nous promet (qui vient de la Silicon Valley aux États-Unis), il y a une totale déshumanisation. Se profile une vision cauchemardesque de zombies déambulant les yeux fixés sur leur téléphone portable, simples pions dans la Matrice, ignorant totalement leurs semblables, dépouillés de ce qui fait essentiellement l’homme : le contact. Voilà où mène, sous prétexte d’efficience et de rentabilité, l’intelligence artificielle.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 octobre 2021

 

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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