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15 juillet 2025 2 15 /07 /juillet /2025 01:00

Son origine et sa genèse sont parfois étranges et imprévues, mais invitant toujours à la réflexion. Ainsi j’ai regardé sur Arte l’émission La Haine blanche, diffusée dans la soirée du mardi 8 juin, et consacrée aux différents groupes, répandus de par le monde, de terroristes suprématistes blancs. Dans le volet Mercenaires, soldats et vétérans, un ancien soldat américain de la guerre en Irak, aujourd’hui repenti, a avoué ce qui l’a poussé naguère à embrasser l’idéologie terroriste. C’est le fait que l’entrée des USA dans cette guerre s’est avérée reposer sur un mensonge d’état : l’affirmation que l’Irak était doté d’armes de destruction massive.

 

L’ayant appris, ce vétéran a été amené à ne plus croire, en tout sujet qui se présentait à lui, aux versions officielles, la confiance qu’il leur faisait jusque là ayant été détruite. Et il s’est mis à adhérer, par contraste, aux versions et vérités « alternatives » : il a embrassé les visions complotistes. Par exemple l’attentat du 11 septembre 2001 a été pour lui une mise en scène de la CIA, etc.

 

C’est donc ici un mensonge qui en appelé d’autres. On comprend la dérive : les allégations officielles, tout en se donnant comme vérités, étant finalement des fake news, pourquoi se gêner pour croire à d’autres fake news, dans un monde où désormais toutes les opinions sont soutenables ? Le complotisme du vétéran, comme celui de bien d’autres (terroristes compris), ne sont que le backlash, le retour de bâton du mensonge officiel.

 

Les États devraient s’interroger sur la diffusion et la contagion possibles des mensonges qu’ils profèrent pour servir leurs intentions. Car ce faisant, ils accréditent le scepticisme des citoyens, et le déferlement de toutes les opinions, sans garantie de vérification, avec le déluge de violence qu’elles peuvent autoriser. Il ne faut pas commencer par leur donner ainsi de mauvais exemple.

 

Et surtout quand on tient un double langage. Je pense à Taxi Driver, film de Martin Scorcese (1976), sur les ravages causés par la propagande officielle sur l’esprit d’un ancien soldat de la guerre du Vietnam. Il souligne l’hypocrisie qui consiste à faire un héros en temps de guerre de celui qui en temps de paix serait un criminel. Comment s’étonner ensuite qu’on veuille dénoncer l’imposture qui nous cache cette hypocrisie, et sur fond de nihilisme basculer dans l’hyper-violence ?

 

D.R.

 

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13 juillet 2025 7 13 /07 /juillet /2025 01:00

Un ancien article (24 février 2022)

 

Invité d’un talk-show à la télévision italienne, le pape François a engagé son intervieweur à faite preuve d’humour, en ajoutant : « C’est un médicament. » Et il a fait mention de la prière de saint Thomas More, qu’il récite, a-t-il dit, depuis plus de 40 ans : « Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘moi’. Seigneur, donne-moi l’humour... » (Source : franceinter.fr, 09/02/2022)

 

En disant cela, le pape a fait preuve d’une profonde intuition théologique. L’humour est en effet une preuve de la parfaite transcendance de Dieu. Un proverbe juif dit : « Dieu rit quand l’homme pense. » C’est-à-dire qu’il déjoue toutes nos supputations à son propos. L’esprit de sérieux des hommes, au contraire, fait d’eux des psychorigides, campés sur leurs certitudes, survalorisant aussi jusqu’à la paranoïa leur petit moi, pour reprendre l’expression de Thomas More. Ils affirment constamment, alors que Dieu se plaît à les interroger seulement, pour les ébranler. C’est frappant dans la Bible. Il n’est que de voir le questionnement de Dieu face à Caïn après le meurtre d’Abel, ou bien celui qu’il adresse à Jonas, modèle du parfait psychorigide, sûr de lui et égocentré.

 

Pour reprendre l’opposition de Bergson dans Les Deux sources de la morale et de la religion, à la pensée close l’humour fait succéder la pensée ouverte. Aux certitudes péremptoires, l’ouverture salutaire du doute. Dans la vie on ne sait jamais, ou jamais on ne sait. Quand Jésus dit à ses disciples d’aimer leurs ennemis, il réserve la part fondamentale d’indécision qu’il faut attribuer à Dieu, « car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. » (Matthieu 5/45) Tous les scénarios souvent simplificateurs et manichéens qui sont le fait des hommes tombent devant cette formule qui est bien, comme le non resistere malo qu’elle contient (ne pas résister au méchant), d’essence humoristique, car profondément paradoxale.

 

L’humour renverse les hiérarchisations habituelles. Il parle légèrement des choses sérieuses, et sérieusement des choses légères. En cela il agit comme il est dit de Dieu dans la prière du Magnificat : il renverse les puissants de leur trône et élève les humbles (Luc 1/52). Ou encore, dans le même esprit : Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. (Matthieu 20/16). - Voir là-dessus mon livre L'Humour - Un remède au désenchantement.

 

Merci en tout cas au pape François ! À l’image de son chef, puisse l’Église toute entière être acquise à la cause de l’humour !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 24 février 2022

 

D.R.

 

***

 

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11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 01:01

Un ancien article (4 février 2021)

 

On se demande quel sera le monde d’après la présente crise sanitaire. Le Financial Times répond à cette question en lui consacrant un dossier, et il qualifie même ce nouveau monde : il sera celui de l’« hédonisme alternatif ».

 

À l’en croire, le travail va être de plus en plus marginalisé, et ne sera plus en tout cas notre activité principale. Pour deux raisons. D’abord, avec les avancées technologiques, il y aura de moins en moins de travail. De ce fait on ne voudra plus travailler plus pour gagner plus (à l’inverse de ce que prônait le président Sarkozy). En premier lieu parce qu'on gagnera moins du fait de la raréfaction du travail, et ensuite parce qu'on ne voudra plus consommer davantage que ce dont on a besoin, en particulier parce que consommer davantage nuit à l’état de la planète.

 

Travail et consommation déclineront donc, au profit du temps libre, consacré au plaisir (en grec hédonè, d’où « hédonisme »). Plaisir de se cultiver, de jardiner, de faire du sport, de cuisiner, de s’occuper des autres dans des associations (care, intimate life, leisure and community projects)... En somme, moins de biens, et plus de liens.

 

C’est donc une vraie révolution sociétale qui est annoncée. La question que je me pose évidemment est : cette façon de vivre concernera-t-elle toute la planète ? Ne sera-t-elle pas propre aux pays dits « développés » ? Qu’en sera-t-il de ceux du Tiers Monde ? Comment les premiers peuvent-ils aider les seconds pour compenser leurs handicaps ?

 

Malgré tout, la description du monde futur faite par le Financial Times a tout pour me plaire. Cela fait longtemps que je prône une décroissance et une déconsommation. Notre planète ayant des ressources limitées, et son état se dégradant du fait de notre activité, je ne vois pas comment on pourrait être d’un autre avis.

 

Il faudra donc changer complètement notre « logiciel », ainsi que les présupposés de notre culture. Abandonner la valorisation exclusive du travail, que nous devons au Moyen-âge chrétien, et la stigmatisation de la paresse (qui est devenue un des péchés capitaux). Le travail est initialement un châtiment biblique, et son nom se tire d’un instrument de torture (tripalium). Il y a donc un « droit à la paresse », pour reprendre le titre d’un livre de Lafargue. Et nos nouvelles Béatitudes se calqueraient sur celle du film Alexandre le Bienheureux.

 

Je ne sais si cette vision se réalisera. Mais je vois très bien la catastrophe où l’on va tout droit si l’on garde le mode de vie que l’on a eu jusqu’à maintenant.

 

D.R.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 4 février 2021

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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