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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 01:01

Un ancien article (6 janvier 2022)

 

Normalement elle devrait susciter le rejet. Mais l’être humain est si imprévisible qu’on la voit portée aux nues en ces périodes de Noël. Je veux parler de la mode des pulls moches qu’on affiche soi-même ou offre aux autres à cette époque, et qui fait fureur depuis quelques années. C’est au point qu’il existe un championnat du monde des pulls moches, dont la dernière édition vient de se tenir au salon vintage d’Albi. (Source : actu.fr, 6/12/21)

 

L’origine en est sûrement les cadeaux, pas toujours de très bon goût et décevants pour ceux qui les reçoivent, qui sont offerts à l’occasion des réunions de famille, traditionnelles à ce moment de l’année, mais pas toujours souhaitées par ceux qui continuent de se plier à cet usage. De ce point de vue la mise en avant des pulls moches est originellement une dérision, le souvenir amer d’une déception, manquant évidemment de charité pour ceux susceptibles de l’avoir causée.

 

Mais maintenant l’amertume a disparu dans le « second degré » et dans le grand maelstrom de la consommation. Les grandes marques se sont emparées de cette mode, et on voit sur Internet de folles enchères pour ces pulls, dont certains atteignent des prix hors de commun avec leur prix de revient. Tout le monde suit de façon grégaire, comme c’est la règle sur les réseaux sociaux : ainsi Rabelais dit-il bien du mouton que c’est « le plus inepte animal du monde ». Cela ferait simplement rire, si le prix à payer pour cette invasion de pulls n’était un désastre écologique (un de plus !).

 

Malgré tout, je ne sais si c’est l’effet de Noël, mais je suis assez porté ici sur la mansuétude. Que ces pulls soient laids, c’est un fait qui nous semble évident. Mais les sentir tels implique un cœur froid et une pensée raisonnante. Par contre, si l’un d’eux nous est offert par une personne que nous aimons, alors il peut nous toucher.

 

C’est le grand problème posé par le kitsch, auquel j’ai consacré un livre récent (Le Kistch – Une énigme esthétique, éd. BoD, 2020). Le ridicule objectif de certaines œuvres et productions disparaît si elles sont associées à un contexte grandement émotionnel. Werther n’est pas choqué par les tartines de Charlotte, tout simplement parce qu’il l’aime. Aussi on peut trouver émouvantes les fautes d’orthographe contenues dans une lettre, tout simplement parce que son auteur est une personne qu’on chérit. Pourquoi pas alors un pull moche, s’il a été tricoté avec amour pour nous ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 janvier 2022

 

D.R.

 

Voir ici mon livre sur le Kitsch, disponible en deux formats (papier et e-book) :

 

Pour en feuilleter le début, cliquer sur Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur Vers la librairie BoD.

 

Mais ce livre est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne (Amazon, FNAC, etc.). - ISBN : 9782322237616.

 

Le Kitsch
Théron, Michel
14,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Le Kitsch est un problème d'esthétique fondamental couvrant plusieurs domaines : arts visuels et architecture, mais aussi musique, littérature, arts du design, habillement, etc. C'est un formalisme, sans contenu profond, que l'on dénigre ordinairement. Pourtant la question est plus complexe. On peut en effet le réutiliser en le prenant avec humour, et aussi parfois le réhabiliter quand on se trouve dans une situation émotionnelle particulière. C'est à quoi ce livre invite, en évitant tout parti-pris à son sujet.

Le Kitsch
Théron, Michel
10,99€Livre ebook
Lire un extrait

DESCRIPTION

Le Kitsch est un problème d'esthétique fondamental couvrant plusieurs domaines : arts visuels et architecture, mais aussi musique, littérature, arts du design, habillement, etc. C'est un formalisme, sans contenu profond, que l'on dénigre ordinairement. Pourtant la question est plus complexe. On peut en effet le réutiliser en le prenant avec humour, et aussi parfois le réhabiliter quand on se trouve dans une situation émotionnelle particulière. C'est à quoi ce livre invite, en évitant tout parti-pris à son sujet.

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2 août 2025 6 02 /08 /août /2025 01:00

Un ancien article (01 décembre 2022)

 

Élisabeth Borne vient de décider qu’il n’y aurait pas de limitation de vitesse à 110 km/h sur l’autoroute, alors que la mesure faisait partie du plan de sobriété présenté il y a un mois par le gouvernement et qu’elle permettrait une diminution de 20% d’émissions de CO2 et une diminution de -25% de consommation de carburant par trajet. Pour justifier cette décision elle a dit préférer une approche pédagogique qui ferait appel à l’intelligence des Français.

 

En quoi je lui souhaite bon courage ! Je pense aussi à Ségolène Royal qui voulait une écologie « non punitive ». Mais c’est du pur angélisme. Il y a des êtres qui ne comprennent pour se restreindre et freiner que la punition dont on les menace. L’ignorer est aveuglement. Et dire que la pédagogie elle-même se passe de sanction est un leurre. En tant qu’ancien professeur, je peux l’attester.

 

En fait, la décision de la Première ministre me semble dictée par la peur des conséquences : on se souvient de la révolte des Bonnets rouges en Bretagne, de celle aussi des Gilets jaunes sur les ronds-points. En quoi il y a évidemment lâcheté. Or gouverner, selon le mot de Mendès-France, c’est choisir. Que préfère-t-on alors ? Une infime restriction au déplacement des automobilistes, ou une mesure qui de toute évidence va hâter la catastrophe qui nous attend : la non-habitabilité de notre planète ?

 

J’ai déjà signalé (Golias Hebdo, 08/09/2022) le refus gouvernemental de restreindre les déplacements des jets privés. En quoi il a donné des gages aux super-riches. Maintenant il a peur du lobby automobile. En quoi il fait peur à son tour à quiconque réfléchit un peu. Car comment maintenir une confiance à qui prend des décisions au mépris de toute raison ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 01 décembre 2022

 

D.R.

 

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31 juillet 2025 4 31 /07 /juillet /2025 01:01

Un ancien article (6 mai 2021)

 

Dans les jardineries du Royaume-Uni, il y a actuellement une pénurie des nains de jardin. Elle est due à une forte demande des citoyens, qui n’ont pu sortir de chez eux à cause des confinements sanitaires successifs et se sont consacrés à leur jardin, ainsi qu’à des retards d’approvisionnement, dont celui causé par l’échouage d’un porte-containers sur le canal de Suez. (Source : lemonde.fr, 17/04/2021)

 

Cette nouvelle m’a fait initialement sourire, en pensant au culte qu’on rend au kitsch. On pense sans doute embellir le jardin en y disposant amoureusement ces ridicules statuettes, comme ceux qui ramènent de leur voyage une boule à neige, une copie miniature de la Tour Eiffel, ou encore ceux qui aiment les photos de chats en d’inénarrables postures, naguère sur les calendriers des Postes, et maintenant sur Internet.

 

Sans doute veulent-ils compenser la monotonie de leur vie par une idéalisation facile, comme ceux qui vont à Disneyland pour oublier leur condition dans un rêve éveillé. Mais l’art véritable n’a pas pour but d’idéaliser le réel, mais de réaliser l’idéal – ou au moins de s’y efforcer...

 

En réaction on comprend quel pourrait être ici un geste iconoclaste. Dans Family Life de Ken Loach la fille badigeonne de bleu les nains de ses parents, pour montrer le refus qu’elle fait d’un monde voué à l’aliénation, qui n’a que ce moyen dérisoire pour y échapper. Et il existe aussi un Front de Libération des Nains de Jardin (FLNJ), qui les soustrait aux jardins pour les rendre à leur espace naturel, la forêt, dénonçant ici une caractéristique essentielle du kitsch : la décontextualisation des choses.

 

Et pourtant, après réflexion, je me dis que la critique ici n’est pas si intelligente que cela. D’abord mieux vaut une illusion heureuse qu’une lucidité désespérante. Et ensuite, l’impression de kitsch ne tient que lorsqu’on est soi-même froid. Mais est-on ému, qu’elle disparaît. Si l’on reçoit un objet kitsch d’une personne que l’on aime, on aimera aussi cet objet, même s’il nous a été donné « au premier degré ». Ensuite on y pensera avec nostalgie.

 

Aussi le kitsch peut être affiché volontairement, mais avec distance, ironie. C’est ce que l’on appelle le camp. Voyez les clins d’œil de Sean Connery jouant James Bond : il n’est pas dupe de ce qu’il joue. – Finalement c’est pour rendre compte de cette complexité que j’ai écrit mon ouvrage Le Kitsch – Une énigme esthétique (éd. BoD, 2020).

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 mai 2021

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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