Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 01:00

J’ai regardé avec intérêt, sur Arte, dans la soirée du 7 juin dernier, l’émission Les Mystères du linceul de Turin, consacrée au suaire qu’on suppose avoir recouvert le corps du Christ après sa crucifixion. Et j’ai été frappé par le désir qu’ont eu et ont toujours les fidèles de le voir, pour garantir leur foi.

 

Cette pulsion scopique a été de tout temps instrumentalisée par les autorités ecclésiastiques, qui ont monnayé l’ostension du fameux suaire. Aujourd’hui encore, la science a beau avoir révélé que ce linge date du Moyen-âge, comme l’atteste son examen au carbone 14, la persuasion de son authenticité ne quitte pas le cœur de certains. On pense aussi au Mandylion d’Edesse, supposé avoir recueilli l’impression véritable du visage du Sauveur. C’est pourquoi on parle en orthodoxie d’une icône non faite de main d’homme (acheiropoïète). C’est de toutes ces croyances, vues comme superstitions, que Calvin s’est moqué, dans son Traité des reliques.

 

Le Saint suaire veut attester matériellement l’incarnation de Dieu en la personne de Jésus, et donc autoriser la possibilité de sa résurrection. Mais d’abord ces deux dogmes ne sont pas admis par certains chrétiens. Ensuite je ne vois pas comment la foi a besoin d’une expérience sensorielle pour se garantir et fortifier. On connaît bien sûr le proverbe : Il faut le voir pour le croire. Mais souvenons-nous de l’admonestation de Jésus ressuscité à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru. » (Jean 20/29) Et aussi de ce que dit l’Apôtre : « Nous cheminons par la foi, non par la vue. » (2 Corinthiens 5/7). Et de même : « La foi est l’assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas » (Hébreux 11,1).

 

On peut même aller plus loin, et dire que la vision sans voile du seul réel détruirait la foi, plutôt qu’elle ne la nourrirait. Il y a dans L’Idiot de Dostoïevski un passage sur le Christ mort d’Holbein (un Christ couché sur une froide dalle tel un cadavre dans une morgue) où il est dit que ce tableau ferait perdre la foi à n’importe qui. Et il m’est à moi-même arrivé de voir dans une galerie marchande une petite fille épouvantée de voir de près, costumé et intrusif, le visage de ce Père Noël dont pourtant elle avait rêvé. En vérité, l’homme descend du songe. Nous sommes les fils des rêves que nous faisons, et c’est la vision de la réalité qui nous défait.

 

Holbein, Le Christ mort (D.R.)

 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2025 3 11 /06 /juin /2025 01:00

Un ancien article (08 Décembre 2022)

 

Un million de couples se sont séparés en France après la crise du Covid. Ce m’est donc ici une occasion de réfléchir sur l’espace vital nécessaire à chacun pour vivre sans stress, et plus particulièrement sur la distance minimale à assurer entre les êtres pour qu’un couple puisse bien vivre sa relation.

 

Bien sûr ces séparations ont été causées par l’exigüité des logements, et on comprend que ceux et celles qui en sont arrivés à ces décisions sont avant tout des victimes. Il faut les plaindre, et accuser le système économique libéral qui par désir de profit fait construire des immeubles avec des appartements de plus en plus petits.

 

Cela étant, on peut tirer aussi de cette situation une conclusion psychologique. Bien sûr nous rêvons toujours d’une symbiose, d’une vie commune de tous les instants avec l’être que nous aimons. Mais c’est une illusion. Schopenhauer comparait les hommes à des porcs-épics. Éloignés les un des autres, et ayant froid, ils se rapprochent pour se réchauffer. Mais aussitôt ils se piquent et se blessent, et alors ils s’éloignent à nouveau. Et le cycle rapprochement-éloignement recommence, sans fin.

 

La vérité est que chacun a droit à son espace de solitude (qui n’est pas l’isolement), pour se retrouver et s’appartenir : c’est-à-dire se tenir à part. Virginia Woolf a écrit de belles pages sur la nécessité, pour une femme, d’avoir une chambre à soi. L’amour meurt dans la promiscuité, dans ce que j’ai appelé le « syndrome des chaussettes sales » (voir mon livre Savoir aimer – Entre rêve et réalité, BoD, 2022). Partager à deux un lieu trop petit ne peut mener qu’à des fâcheries, la part de mystère propre à chacun n’étant plus respectée. Combien en connaissons-nous, déjà, qui font chambre commune, mais rêve à part !

 

Deux arbres plantés trop près l’un de l’autre se font de l’ombre, et ne poussent pas correctement. « Versez-vous à boire, mais ne buvez pas dans le même verre », dit Gibran dans Le Prophète. Finalement la meilleure définition de l’amour mature est celle de Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète : « Deux solitudes qui se protègent, se bornent et se rendent hommage. »

 

J’ai bien conscience qu’à ce que je dis on peut objecter les nécessités pratiques de la vie. Néanmoins, je pense que ma défense de l’intimité irréductible de chacun peut faire réfléchir sur le catéchisme de l’amour fusionnel, à quoi le Romantisme nous a habitués.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 08 Décembre 2022

 

Ne faire qu'un - Mais lequel ? - D.R.

L'image ci-dessus est ce qu'on pourrait appeler une syllepse plastique, en ce qu'elle contient deux profils de visage, l'un féminin et l'un masculin. Mais l'esprit ne peut pas les voir en même temps. Il voit tantôt l'un, tantôt l'autre. D'où ma légende : Ne faire qu'un - Mais lequel ?

Partager cet article
Repost0
9 juin 2025 1 09 /06 /juin /2025 01:00

Un ancien article (29 septembre 2022) :

 

Celle qui est exercée sur autrui est évidemment inadmissible. Pourtant les exemples en sont très fréquents, spécialement dans les religions. J’ai ainsi vu sur Arte, dans la soirée du 23 septembre dernier, un remarquable documentaire : Bouddhisme, la loi du silence. On y voyait comment un gourou, pour peu qu’il bénéficie d’un certain charisme ou ascendant magnétique sur ses disciples, peut les manipuler à son gré. Son pouvoir évidemment ne tient qu’à l’adhésion qu’ils consentent eux-mêmes à ce qu’il leur demande, et cette dernière à la projection aveuglée qu’ils font sur lui. Comme le dit La Boétie des tyrans : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

 

Il est très facile d’instaurer une emprise sur quelqu’un. Pour le persuader d’obéir, il suffit par exemple d’instiller en lui la peur, comme fait le médecin charlatan Knock de Jules Romains, qui asservit tous les habitants d’un canton en leur disant qu’ils sont malades. Là on surfe sur la crédulité et l’hypochondrie spontanée des gens. Ailleurs ce sera sur leur désir naturel de sens, qu’on pervertit par des pratiques dégradantes. Ainsi le gourou peut s’autoriser d’une « folle sagesse » pour faire progresser le disciple sur la voie de l’éveil, et lui imposer maltraitances et viols, le contact physique avec le maître étant censé accélérer le processus.

 

Cette « folle sagesse » faisant fi de toute morale et de toute loi humaine existe dans toutes les religions. En christianisme même certains mouvements dits antinomistes ou nécessariens (qui se disaient eux-mêmes pécheurs justifiés) se sont autorisés de cette expression, paulinienne d’origine, pour se permettre tous les comportements, y compris les plus répréhensibles. La belle phrase de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux » (Ama et quod vis fac) a pu être aussi pervertie de la sorte.

 

Il me semble que ce qui sous-tend tous ces errements est l’idée de sacré : ce qui est radicalement séparé de l’humain et échappe à toute compréhension. Tant que la sacralité existera dans l’esprit des hommes, et spécialement celle dont on investit un personnage en le séparant des autres et en lui confiant sa gestion, perdureront tous ces comportements inadmissibles.

 

Au fond, nulle obligation qui s’en autoriserait n’est recevable. Il faut toujours mettre l’homme avant elle. « Le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat. » (Marc 2/27)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 29 septembre 2022

 

D.R.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages